La perception

I-                Introduction:

L’homme est un être pluridimensionnel, ses opérations intellectuelles lui permettent de cerner le réel de différentes manières. Lorsque  les synthèses représentatives lui présentent un objet ou une situation passés, on peut alors parler d’acte de mémoire ou souvenir. Lorsque l’objet ou la situation qu’il se représente sont considérés comme futurs ou simplement comme absents, il y a alors un phénomène d’imagination. Enfin, lorsque ses représentations lui donnent un réel présent et actuel, il s’agit alors de perception. La perception est la conscience de l’objet extérieur immédiatement présent à l’organe sensoriel. C’est un fait psychique complexe que certains philosophes interprètent comme un acte de l’esprit et d’autres comme une donnée  immédiate de la sensation.

Problématique:

Si la perception est considérée comme rapport entre un sujet percevant et un objet perçu laquelle de ces deux entités est la plus déterminante? La perception se réduit elle à la sensation ou fait-elle intervenir un acte de pensée?

II-           La théorie intellectualiste: Percevoir c’est juger.

 La théorie intellectualiste de la perception peut être cernée par la définition proposée par Lalande : « la perception est l’acte par lequel un individu, organisant ses sensations présentes, les interprétant et les complétant par des images et des souvenirs, se pose un objet qu’il juge spontanément distinct de lui, réel et actuellement connu par lui ». Cette définition s’appuie sur la différence entre le donné sensoriel et la constatation mentale, tous deux synthétisés par la perception.

Selon Lagneau, la perception d’un objet dans l’espace, se fonde sur un acte intellectuel, car l’espace est un système de rapports abstraits qui ne pourraient pas être sentis mais jugés. La distance est jugée par une interprétation des données sensible: la grandeur apparente des objets, la perspective; par exemple, c’est l’expérience intellectuelle et la mémoire qui nous permettent d’interpréter la réduction d’un objet familier (un ballon dégonflé) comme un éloignement.

La perception consiste aussi à interpréter les sensations par des jugements, les complétant par des images, des souvenirs et des connaissances antérieures qui reflètent la culture : Alain  conclue sur la perception d’un cube : « un objet est pensé et non pas senti ». Devant une fleur, un botaniste percevra beaucoup plus de choses qu’un profane. Pour Alain, la perception est un jugement (grâce à l’activité mentale) et une anticipation (grâce à l’imagination) et non une pure sensation.

La perception étant considérée par les intellectualistes comme un ensemble de jugements, les illusions des uns seront interprétées comme des erreurs de jugements. C’est le cas par exemple du phénomène de « la constance des couleurs », malgré la variation de la sensation suivant l’intensité de la lumière : « nous voyons la couleur que nous savons que les objets ont », un toit d’ardoise noir, qui devient gris clair au soleil, est toujours perçu comme noir.

Texte d’Alain – La perception est une fonction d’entendement :

On soutient communément que c'est le toucher qui nous instruit, et par constatation pure et simple, sans aucune interprétation. Mais il n'en est rien. Je ne touche pas ce dé cubique. Non. Je touche successivement des arêtes, des pointes, des plans durs et lisses, et réunissant toutes ces apparences en un seul objet, je juge que cet objet est cubique. Exercez-vous sur d'autres exemples, car cette analyse conduit fort loin, et il importe de bien assurer ses premiers pas. Au surplus il est assez clair que je ne puis pas constater comme un fait donné à mes sens que ce dé cubique et dur est en même temps blanc de partout, et marqué de points noirs. Je ne le vois jamais en même temps de partout, et jamais les faces visibles ne sont colorées de même en même temps, pas plus du reste que je ne les vois égales en même temps. Mais pourtant c'est un cube que je vois, à faces égales, et toutes également blanches. [...] Revenons à ce dé. Je reconnais six taches noires sur une des faces. On ne fera pas difficulté d'admettre que c'est là une opération d'entendement, dont les sens fournissent seulement la matière. [...] Par où il apparaîtrait que la perception est déjà une fonction d'entendement [...].

 

Critique de la théorie intellectualiste:

1-    La perception dépend sans doute du niveau intellectuel du sujet et de ses connaissances, mais la distinction traditionnelle de la sensation et de la perception paraît contestable. Elle n’est nullement démontrée par l’expérience vécue.

2-    La théorie intellectualiste explique la perception comme une fonction mentale de l’adulte (les jugements) alors qu’elle ne l’explique pas chez l’enfant.

3-    De même, cette théorie qui fonde son explication sur les connaissances antérieures n’est pas capable de nous éclairer sur la perception des objets nouveaux.

 

III-       La gestalt-théorie ou théorie de la bonne forme:

La perception de l’objet est globale: toute perception est immédiatement  la perception d’un ensemble. Nous ne percevons les éléments que pour les reconstruire, mais ils sont donnés à nos sens, immédiatement  groupés dans une structure, une « gestalt », dont la perception détermine la signification des éléments. Il n’y a pas de distinction entre sensation et perception, la forme nous est donnée avec la matière, intuitivement et immédiatement. Elles sont inséparables.

La perception de la forme est déterminée par les rapports entre les éléments et le fond. Plus les éléments sont distincts et structurés selon leur proximité, leur ressemblance, leur symétrie ou leur contraste et plus le fond est neutre  ou indifférencié, plus le sujet subit l’impact de la bonne forme  de l’objet. Exemple: la perception des publicités affichées sur l’autoroute est immédiate.

La perception  de l’espace est intuitive, originaire et innée : la distance serait une gestalt, une structure naturelle du perçu  au même titre que la forme des objets.

Interprétation gestaltiste des illusions perceptives : La perception n’est pas une attitude analytique, c’est la structure globale de la figure qui détermine l’illusion perceptive: les deux segments  S1 et S2 sont égaux, cependant S2 nous apparaît plus grand que S1 car l’ensemble de la figure S2 est plus grand que l’ensemble de la figure S1.

                                                S1

                                      S2

 

Critique de la Gestalt-théorie:

La gestalt théorie a prouvé que la perception est une synthèse spontanée, mais elle a minimisé le rôle du sujet vivant qui n’est plus qu’un spectateur passif dans la perception. Si l’objet perçu détermine à lui seul la perception, tout le monde percevra le même sens dans le même objet. Or, la forêt est perçue différemment par un chasseur que par un peintre. Chaque être humain perçoit en fonction de ses tendances, ses intérêts ou ses valeurs.

IV-       L’explication phénoménologique :

 Merleau-Ponty, tout en acceptant les idées fécondes de la Gestalt-théorie, insiste sur le rôle du sujet vivant, du corps propre comme centre de perspective dans la perception. L’organisation globale du champ perceptif est effectuée par le corps-sujet en situation. Dans certaines illusions, ce sont à la fois les valeurs privilégiées du moment et la situation du corps qui décident de la perception du mouvement: en roulant régulièrement sur l’autoroute je perçois, à un moment donné, que ma voiture semble fixe, et que ce sont les arbres environnants qui sont mobiles. La perception ne peut se comprendre qu’à partir de l’être vivant, de ses besoins, de ses valeurs.

V-            Conclusion:

La perception n’est pas une connaissance objective. C’est une connaissance subjective nécessaire et utile à l’adaptation de l’homme à son milieu. Si on cherche la connaissance objective, il faut dépasser la subjectivité et procéder par des moyens techniques et des méthodes rationnelles.

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